Former, transmettre, faire grandir


Organisée le 27 août à Forum Fribourg, la 9e Rentrée des Entreprises a placé les entreprises formatrices au coeur des échanges. Entre remise des prix, table ronde et témoignages, la soirée a rappelé leur rôle essentiel dans la formation et l’accompagnement des jeunes sur le chemin de l’entrée dans la vie professionnelle, avant un entretien très attendu avec Julien Sprunger.

Frank-Olivier Baechler

L’ovation a gagné peu à peu toute la salle, jusqu’à mettre Forum Fribourg debout. Au terme de son échange de quarante minutes avec Reto Julmy, directeur de l’UPCF, Julien Sprunger a reçu un hommage à la hauteur de sa popularité. Quatre mois après avoir soulevé avec Gottéron le premier titre de champion suisse de l’histoire du club, l’ancien capitaine n’a évidemment rien perdu de sa cote d’amour. Leadership, transmission, formation : sa présence faisait parfaitement écho au fil rouge de cette 9e Rentrée des Entreprises.

Ce parallèle, Patrick Gendre l’avait posé dès l’ouverture. Pour le président du Conseil d’administration de l’UPCF, trois valeurs incarnées par Julien Sprunger résonnent particulièrement avec le rôle des dirigeant·e·s et des formateurs·trices en entreprise : « la loyauté, la résilience et l’humilité du leadership ». Former des jeunes, a-t-il rappelé, revient à « faire un pari audacieux sur la durée » : croire en la relève, transmettre son savoir-faire et l’accompagner lorsqu’elle trébuche. « La formation professionnelle est le plus bel investissement que nous, chef·fe·s d’entreprise, puissions faire pour l’avenir de notre société et de notre région. »

Maintenir l’envie de former

Cette volonté d’accompagner la relève était au coeur de la nouvelle formule. Pour la première fois, la remise des prix s’est déroulée avant la partie officielle, dans un cadre favorisant les échanges entre entreprises et apprenti·e·s. Responsable du secteur Formation à l’Union patronale suisse, Nicole Meier a relevé la solidité du modèle dual, tout en mettant en garde contre les exigences croissantes qui pèsent sur les entreprises. Certaines doivent davantage compenser des lacunes dans les compétences de base et renforcer l’accompagnement des jeunes, alors que les attentes et les charges augmentent. Il importe donc, selon elle, de préserver leur volonté de former des apprenti·e·s et de mieux reconnaître le travail des formatrices et des formateurs en entreprise. « La formation professionnelle est à la base du succès économique de la Suisse », a-t-elle résumé.

Le conseiller d’État Olivier Curty a, lui, rappelé que le canton compte quelque 2500 entreprises formatrices et près de 9500 personnes en formation. Si l’équilibre entre l’offre et la demande reste globalement satisfaisant, les places d’apprentissage proposées par l’économie privée restent insuffisantes dans certains métiers techniques. « Former des jeunes est une tâche beaucoup plus exigeante que d’être simplement le meilleur spécialiste de son domaine », a-t-il souligné, avant de tirer « un immense coup de chapeau » aux entreprises qui assurent la formation de la relève.

Bien plus qu’apprendre un métier

La table ronde a ensuite donné la parole au terrain. Aux côtés de Nicole Meier, des représentants de Krummen Kerzers AG, du Garage-Carrosserie Georges Bovet SA et de la Carrosserie Claude Schindler SA ont évoqué la transmission des compétences et l’intégration des jeunes dans le monde du travail. « Le but est vraiment de leur transmettre un maximum de méthodes et de conseils », a résumé l’un des formateurs. Le Prix Coup de Coeur 2026 a illustré ce rôle qui dépasse l’apprentissage d’un métier. Groupe E Connect SA, à Romont, a été distingué pour son  accompagnement de Mohammad Mirzayi. Arrivé en Suisse en 2020 après avoir quitté seul l’Afghanistan à 13 ans, il avait été privé d’école durant plusieurs années. Il a dû apprendre le français et combler d’importantes lacunes avant d’obtenir son CFC d’électricien de montage.

La transmission était aussi au coeur du témoignage de Julien Sprunger. Lui-même accompagné dans sa formation lorsqu’il était jeune joueur, il a ensuite particulièrement apprécié son rôle de mentor auprès des nouvelles générations à Gottéron. De la glace à l’entreprise, la boucle était bouclée.

3 questions à Julien Sprunger

Après 25 saisons sous le maillot de Fribourg-Gottéron, Julien Sprunger a achevé sa carrière de la plus belle des manières, avec le premier titre de champion suisse de l’histoire du club. L’ancien capitaine revient sur quelques enseignements du sport d’élite qui résonnent aussi dans le monde professionnel.

Vous avez souvent accompagné les jeunes joueurs de Gottéron. Qu’est-ce qu’un bon formateur en entreprise peut apprendre du sport d’élite ?

Ces dernières années, j’avais beaucoup ce rôle auprès des jeunes. Dans un environnement très concurrentiel, les plus expérimentés doivent les prendre sous leur aile et leur apprendre le métier. Mais il faut aussi savoir les laisser faire leurs propres expériences et parfois leurs erreurs. Mon objectif était de les aider à évoluer et à devenir la meilleure version d’eux-mêmes. Et l’échange va dans les deux sens : les jeunes arrivent avec énormément d’envie, ils nous challengent et nous obligent à constamment progresser.

Vous dites que, dans une équipe, chacun doit se sentir important. Comment construit-on réellement un collectif ?

Tout commence par la compréhension de son rôle. Même s’il ne marque pas le but décisif, un joueur peut être essentiel par ce qu’il apporte au groupe. Il faut aussi créer des liens, et cela prend du temps. Avant la saison, nous sommes par exemple partis une nuit en montagne, sans téléphone. Roger Rönnberg avait apporté un karaoké et, comme personne n’osait commencer, il a pris le micro! Cela peut sembler anecdotique, mais une équipe ne se construit pas simplement en répétant qu’on veut gagner. Il faut apprendre à se connaître et tirer tous à la même corde.

Vous avez continué à vous former durant toute votre carrière. Pourquoi était-ce important pour vous ?

J’ai toujours su que je ne pourrais pas jouer au hockey jusqu’à 65 ans. Après mon apprentissage, j’ai donc fait une maturité professionnelle, puis un brevet fédéral en gestion d’entreprise que j’ai obtenu il y a deux ans. Je travaillais souvent mes cours dans le car lors des déplacements : avec les entraînements et trois jeunes enfants, ce n’était pas évident de trouver du temps. L’idée était de préparer l’après-hockey et de remplir ma boîte à outils. À 40 ans, elle contient pas mal de connaissances; maintenant, j’ai envie d’acquérir de nouvelles compétences sur le terrain.

Les lauréats 2026

Technique de la construction

  • Michel Mooser SA, Charmey avec Jules Gérard Honoré
  • Piller&Kratter SA, Riaz avec Maxime Gapany
  • Energil Sàrl, Marly avec Ilyès Kthiri

Technique et mécanique

  • Krummen Kerzers AG, Kerzers avec Sabrina Barbara Stoll
  • Garage-Carrosserie Georges Bovet SA, Grolley avec Yannis Schöni
  • Carrosserie Claude Schindler SA, Bulle avec Marie-Rose Marano

Services, commerce et santé

  • Apotheke Schmitten AG, Schmitten avec Laura Fasel
  • Arztpraxis am Bager, Schmitten avec Noemi Zurkinden
  • Optic 2000 Murten AG, Murten avec Lavinia Graf

Coup de Coeur

Groupe E Connect SA, Romont avec Mohammad Mirzayi