Rassembler les médecins de famille du canton, défendre leurs intérêts et favoriser les échanges entre collègues : telle est la mission de mfe Fribourg, section cantonale de mfe Suisse, l’association nationale des médecins de famille et de l’enfance. L’organisation représente les médecins de premier recours, tout en faisant remonter les réalités du terrain au niveau national.
Si mfe Fribourg représente les médecins de famille sur le plan politique, l’association joue aussi un rôle de réseau, en favorisant les échanges entre pairs. « Nous sommes parfois seul·e·s face à des problématiques qui dépassent la médecine : la gestion d’un cabinet comme une PME, les nouvelles exigences administratives, la protection des données ou encore les questions liées à l’utilisation de l’intelligence artificielle par nos patient ·e·s. Le fait de pouvoir en discuter permet de trouver des solutions concrètes. »
Cette solidarité contribue aussi à prévenir l’épuisement professionnel et favorise les contacts entre générations. « J’ai moi-même bénéficié de conseils avisés lorsque j’ai ouvert mon cabinet ici, à Belfaux. Aujourd’hui, les membres qui s’installent côtoient des consoeurs et confrères retraité·e·s depuis plusieurs années. Ces rencontres sont extrêmement enrichissantes pour tout le monde.»
Former la relève, un enjeu majeur
Pour Xavier Blanc, plusieurs évolutions récentes ouvrent des perspectives encourageantes pour la médecine de famille fribourgeoise. Il cite notamment le nouveau master en médecine humaine de l’Université de Fribourg, qui sensibilise les futur·e·s médecins à une prise en charge globale des patient·e·s, ainsi que le développement du Cursus fribourgeois de médecine de famille (CFMF), qui facilite la transition entre les études et l’installation en cabinet. « Nous voyons déjà arriver des étudiant·e·s avec une approche beaucoup plus humaine et holistique de la personne. C’est très encourageantpour l’avenir de la médecine de famille. »
L’enjeu consiste désormais à poursuivre cet accompagnement en augmentant le nombre de places d’assistanat en cabinet, indispensables pour permettre aux jeunes médecins d’acquérir une expérience pratique avant leur installation. Faute de capacités suffisantes, certain·e·s poursuivent aujourd’hui leur formation dans d’autres cantons. La situation reste toutefois contrastée selon les régions. Si la relève est encourageante dans des districts comme la Sarine ou la Gruyère, le district du Lac reste confronté à une forte pénurie. À cela s’ajoute une évolution
profonde de la profession : remplacer un départ à la retraite nécessite désormais souvent l’arrivée de deux, voire trois médecins. « La médecine est devenue beaucoup plus complexe. Avec les contraintes administratives, la pression croissante des assureurs sur notre pratique et le développement du temps partiel, nous ne pouvons plus exercer dans les mêmes conditions qu’il y a trente ans. »
Un métier profondément humain
Malgré les difficultés du quotidien, Xavier Blanc n’a rien perdu de son enthousiasme. « La médecine de famille
est l’un des plus beaux métiers du monde. Nous sommes au contact de toute la diversité et de toute la complexité
de l’être humain. Chaque patient·e est différent·e. » C’est cette relation de proximité qui, selon lui, fait toute la richesse de la profession. La médecine de famille accompagne les patient·e·s à toutes les étapes de leur vie, en tenant compte autant de leur état de santé que de leur parcours, de leur environnement et de leurs priorités.
Une approche globale qui laisse aussi une place importante au jugement clinique. « J’aime beaucoup cette citation de William Osler : la médecine est une science de l’incertitude et un art de la probabilité. Nous avons des recommandations de pratique clinique, mais nous avons surtout un être humain en face de nous. » À l’heure où les innovations technologiques se multiplient, Xavier Blanc estime que cette dimension humaine doit rester au cœur de la pratique. Sans rejeter les progrès de la médecine, il rappelle que la qualité des soins ne passe pas nécessairement par une multiplication des examens. Une philosophie qui rejoint les principes de Smarter Medicine, en privilégiant des soins pertinents plutôt que la multiplication des actes médicaux.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes
mfe Fribourg contribue également à la formation continue de ses membres, notamment à travers les Journées de Gruyères. Organisée tous les deux ans, cette manifestation privilégie les échanges entre médecins autour de thématiques transversales telles que l’intelligence artificielle, la prévention du burn-out ou encore l’écologie en cabinet. Une approche qui illustre la volonté de l’association de renforcer les liens entre consœurs et confrères et de faire évoluer la pratique au-delà des seuls aspects techniques.
Plus largement, Xavier Blanc estime que la médecine de famille mérite une reconnaissance à la mesure de son rôle dans le système de santé. Selon des données de l’Institut de médecine de famille de Zurich et de l’Office fédéral de la statistique (OFS), les médecins de famille résolvent 94,3% des problèmes de santé, tout en ne représentant que 6,25% des coûts du système. « En favorisant une médecine de famille dans une région, un canton ou un pays, on fait diminuer les coûts et la qualité des soins augmente », conclut-il.