Le financement des rentes AVS doit être assuré


Les deux objets fédéraux en votation en mars portent sur des modifications de l’AVS. 

La question de l’AVS reste très actuelle malgré l’acceptation en septembre 2022 de la réforme AVS21. Or, si l’un des projets aggrave la situation financière de l’AVS de manière significative, l’autre n’offre pas de solution à long terme pour le 1er pilier. Explication des enjeux avec Reto Julmy, directeur de l’UPCF.

Marie Nicolet

La première initiative propose d’instaurer une 13e rente AVS. Si elle est acceptée, qui va payer ?

L’initiative ne précise pas comment les dépenses supplémentaires seront financées. Le Parlement devra le définir. Aujourd’hui, l’AVS est alimentée principalement par les cotisations des employé·e·s et des employeur·euse·s, des contributions de la Confédération et des recettes de la TVA.

Les initiateurs estiment les coûts à 4,1 milliards de francs, dont une participation de la Confédération de 800 millions. En cas d’acceptation, les dépenses supplémentaires pourraient atteindre environ 5 milliards de francs en 2032. Ainsi, si cette initiative est acceptée, il faudra soit augmenter les cotisations salariales, soit prévoir une augmentation de la TVA ou trouver une combinaison des deux. Par ailleurs, une éventuelle hausse d’impôts est à craindre afin de couvrir la hausse des charges de la Confédération.

D’ores et déjà, sans l’introduction de cette 13e rente, il faut s’attendre à un déficit de l’AVS de 4,7 milliards de francs par an d’ici 2032, selon les estimations de l’Office fédéral des assurances sociales. Le développement des prestations de l’AVS n’est donc pas souhaitable tant que le financement des rentes actuelles et futures n’est pas garanti.


Cette initiative vise à améliorer les prestations AVS pour certains revenus modestes. Est-ce nécessaire ?

L’initiative prévoit une 13e rente à l’ensemble des bénéficiaires AVS selon le principe de l’arrosoir, c’est-à-dire sans aucune distinction. Cela a pour conséquence que même les retraités qui n’en ont pas besoin recevront une 13e rente. Le système actuel garantit, déjà aujourd’hui, la couverture des besoins vitaux pour tous les bénéficiaires. De plus, les rentes AVS sont adaptées à la moyenne du renchérissement et de l’évolution des salaires. En outre, les prestations complémentaires doivent garantir le minimum vital prévu par le 1er pilier.

Les prestations complémentaires sont un droit et il y a lieu d’améliorer la communication et de simplifier les démarches administratives, afin que l’ensemble des personnes éligibles obtiennent ces prestations. En effet, selon une étude de la Haute Ecole spécialisée bernoise réalisée en octobre 2021, 29 % des retraité·e·s qui auraient droit aux prestations complémentaires ne déposent pas de demande.


La seconde initiative porte sur une prévoyance sûre et pérenne, en augmentant l’âge de la retraite à 66 ans et en l’indexant à l’espérance de vie. Selon vous, cette initiative peut-elle résoudre les problèmes de financement de l’AVS ?

L’initiative aurait des effets positifs sur le financement de l’AVS : le relèvement par étapes de l’âge de la retraite permettrait de rester plus longtemps sur le marché du travail. Les dépenses de l’AVS diminueraient, tandis que les recettes provenant des cotisations augmenteraient.

En tenant compte de la réforme AVS21, la réduction des dépenses est estimée à 2,11 milliards de francs en 2030.

Ce relèvement de l’âge de la retraite déchargerait certes l’AVS, mais ne suffirait pas à assurer son financement sur le long terme. Cela signifie qu’il ne faut pas seulement se pencher sur l’âge de la retraite. Il faut au contraire aspirer à une combinaison équilibrée de mesures agissant tant sur les recettes que sur les dépenses. En ce sens, un projet de stabilisation de l’AVS pour l’horizon 2030 à 2040 doit être soumis par le Conseil fédéral au Parlement d’ici le 31 décembre 2026.


La population sera amenée à voter sur une réforme du 2e pilier. Que peut-on attendre de la réforme actuellement en discussion aux Chambres fédérales ?

Tout comme l’AVS, le 2e pilier fait face à des enjeux démographiques ; les assuré·e·s paient des cotisations de plus en plus élevées à leurs caisses de pension, mais touchent des rentes toujours plus basses, tandis que la loi en vigueur ne correspond plus aux évolutions sociétales actuelles, ni aux développements du monde du travail.

Ainsi, un des objectifs de la réforme de la prévoyance professionnelle (réforme LPP) est de mieux assurer les bas salaires, les temps partiels et d’alléger les charges sociales des personnes actives de plus de 55 ans. Selon les chiffres de l’Office fédéral des assurances sociales, quelque 100 000 personnes seront concernées : 70 000 seront nouvellement assurées dans le 2e pilier à titre obligatoire et 30 000 y seront assurées avec un salaire plus élevé.