La SMSR a été créée il y a plus de 150 ans par les sociétés médicales cantonales romandes. Elle a notamment été à l’origine de la création de la FMH en 1901. « Nos objectifs n’ont pas changé depuis », relève Dr Philippe Eggimann, président depuis 2018, avant d’ajouter : « Nous devons renforcer la cohésion professionnelle en Suisse romande et coordonner les positions intercantonales face aux défis de santé publique. »
Relativement discrète, l’association est parfois méconnue au-delà des cercles dirigeants. « Cette association professionnelle est relativement peu connue, même d’une partie des médecins des sociétés cantonales romandes, parce que c’est un travail qui est effectué essentiellement par les président·e·s des sociétés cantonales sur des sujets dont ils sont en charge, comme la réforme tarifaire TARDOC. »
Dans les faits, la SMSR se positionne comme une plateforme de coordination entre les sociétés cantonales et les partenaires du système. « Nous représentons les médecins auprès des autorités cantonales et des assureurs, tout en assurant un rôle d’information auprès de l’ensemble des acteurs du système », précise Philippe Eggimann. L’organisation cofinance également la Revue Médicale Suisse, une publication scientifique indexée qui témoigne de l’importance accordée à la formation continue.
Pénurie de médecins : le défi de fond
Le principal défi de l’association concerne la pénurie de médecins qui touche l’ensemble des spécialités médicales. « C’est un problème généralisé, comparable à ce que vivent de nombreux secteurs économiques », analyse Philippe Eggimann. Il souligne que 40% des médecins hospitalières ont été formé·e·s partiellement en Suisse : « Nous devons faire attention car nous sommes cruellement dépendants des pays qui nous entourent. »
À cette réalité s’ajoute une demande qui continue de croître, alimentée par le vieillissement démographique. « Un quart de la population a plus de 65 ans et consomme 60% des ressources de santé », rappelle-t-il. Afin de pallier ces manques, la SMSR dit prendre part à des réflexions sur la formation des médecins et la réorganisation du système de soins avec ses pendants alémanique et tessinois, visant notamment à l’intégration progressive des autres professionnel·le·s de santé.
Une réforme tarifaire ambitieuse
TARDOC, la nouvelle structure tarifaire médicale entrée en vigueur le 1er janvier 2026, représente un chantier majeur pour la profession. Pour la SMSR, l’enjeu était d’éviter une mise en œuvre cantonale hétérogène et des conflits répétés autour des règles de facturation et de contrôle. Dans ce contexte, l’organisation a joué un rôle central dans la coordination interrégionale.
« Nous avons signé une lettre d’intention avec H+ (n.d.l.r.: association faîtière des hôpitaux et cliniques) et prio.swiss (n.d.l.r.: association faîtière des assureurs-maladie) pour établir un groupe de travail qui a défini la méthodologie de la valeur du point tarifaire, en intégrant l’évolution des coûts de pratique », explique Philippe Eggimann.
Sur le contenu de la réforme, TARDOC se veut simplifié et plus transparent que TARMED. Il intègre le principe d’une facturation forfaitaire des prestations imposée par le Conseil fédéral et le Parlement. Le président précise : « Contrairement à TARMED, TARDOC garantit que le partenariat tarifaire entre les prestataires et les assureurs soit évolutif. De plus, il permet des développements ultérieurs pour s’adapter aux avancées de la médecine. »
Cette nouvelle structure tarifaire a été conçue dès le départ pour permettre une revalorisation de la facturation des prestations liées à la médecine de premier recours. Philippe Eggimann précise : « Les cours et informations données par la FMH, les sociétés cantonales de médecine et les sociétés de discipline médicale doivent permettre une utilisation plus uniforme de cette nouvelle structure tarifaire que celle du TARMED permettant d’atteindre ces objectifs. » À ce stade, il n’y a pas de nécessité de réorganisation du système informatique des cabinets médicaux, dont les modules de facturation ont été adaptés.

Avec la création de TARDOC, des craintes avaient été exprimées concernant une potentielle hausse des coûts. La SMSR partage-t-elle cette inquiétude ? « Objectivement non, répond le président. La LAMal impose une neutralité des coûts à l’introduction de toute nouvelle structure tarifaire ambulatoire. Le Conseil fédéral a ainsi imposé que pendant les trois ans à venir, toute augmentation non justifiable supérieure à 1,5 % sera compensée. Ainsi il ne devrait plus être possible de justifier des hausses injustifiées de primes d’assurance maladie obligatoire. »
Au-delà du mécanisme, il anticipe déjà le débat qui pourrait s’ouvrir autour des primes et des réserves. « En admettant que la hausse des coûts à charge de l’assurance maladie obligatoire soit importante plutôt que de justifier une hausse des primes l’année prochaine, il faudra demander que la compensation soit effectuée grâce aux réserves des assureurs, dans l’attente des corrections sur certains tarifs », insiste Philippe Eggimann, avant de rappeler qu’il est possible d’utiliser ces réserves dans un contexte où l’utilisation est momentanée. » Selon lui, « ce sera, vraisemblablement également, une opportunité pour rendre plus transparente l’utilisation de ces réserves ».
Un engagement politique mesuré
Si le président observera ces débats, la SMSR ne prend pas position de manière partisane, mais diffuse une information objective sur l’organisation du système de santé et les conditions d’exercice médical. Récemment, elle a fait campagne contre l’initiative visant à instaurer un plafond arbitraire de dépenses de santé et pour l’introduction du financement uniforme qui va permettre de ramener la hausse annuelle des primes à celle globale de la santé qui est nettement moins élevée.
Au cours de sa présidence, Philippe Eggimann entend contribuer à porter la voix, les préoccupations et surtout les propositions des médecins romand·e·s, quel que soit leur domaine et lieu d’activité, auprès des partenaires, des autorités et plus largement de la population.